Cession de créance Dailly en marché public BTP : financer sa trésorerie de chantier

Sur un marché public, l’entreprise avance les travaux : elle paie ses salariés, ses fournisseurs et ses sous-traitants bien avant d’être réglée par l’acheteur. Entre l’acompte mensuel et son paiement effectif, il s’écoule souvent plusieurs semaines. La cession de créance Dailly — appuyée sur le certificat de cessibilité (l’ancien « exemplaire unique ») — permet de transformer cette créance à venir en trésorerie immédiate grâce à sa banque. Ce guide explique ce qu’est une cession Dailly, comment elle se distingue du nantissement et de l’affacturage, comment obtenir et notifier le certificat de cessibilité, ce qu’on peut céder quand il y a de la sous-traitance, et comment sécuriser tout cela — jusqu’à l’automatisation par l’IA.
Cession de créance Dailly : définition
La cession Dailly tire son nom de la loi n° 81-1 du 2 janvier 1981, dite « loi Dailly », aujourd’hui codifiée aux articles L.313-23 et suivants du Code monétaire et financier. Son principe est simple : une entreprise peut céder ou nantir ses créances professionnelles auprès d’un établissement de crédit (sa banque) au moyen d’un bordereau de cession, afin d’obtenir un financement de trésorerie. Autrement dit, elle « vend » à sa banque le droit d’être payée, et reçoit les fonds sans attendre l’échéance.
Dans un marché public de travaux, l’entreprise titulaire détient une créance sur l’acheteur (État, collectivité, bailleur social, hôpital…) née de l’exécution du chantier : chaque situation de travaux mensuelle génère un acompte, puis le solde est réglé au décompte général. Cette créance sur une personne publique est particulièrement solide : le débiteur est réputé solvable, ce qui rend la mobilisation attractive pour la banque.
À retenir : la cession Dailly ne crée pas de trésorerie « gratuite » — elle avance un encaissement futur contre des agios. C’est un outil de financement du besoin en fonds de roulement, complémentaire de l’avance forfaitaire versée par l’acheteur.
Le certificat de cessibilité (ex-exemplaire unique)
Pour mobiliser une créance de marché public, la banque a besoin d’une preuve unique et incontestable de son existence, afin d’éviter qu’une même créance ne soit cédée à deux organismes différents. C’est le rôle du certificat de cessibilité, prévu par le Code de la commande publique (articles R.2191-45 et suivants). Il est délivré par l’acheteur à la demande du titulaire et indique notamment l’identité de l’acheteur, du comptable assignataire, le montant maximal cédé et l’objet du marché.
Historiquement, ce document s’appelait l’exemplaire unique : une copie certifiée conforme et non reproductible de l’acte d’engagement, remise en un seul original. La réforme des marchés publics l’a remplacé par le certificat de cessibilité, plus lisible et dématérialisable. On croise encore le terme « exemplaire unique » dans d’anciens marchés, mais la logique est identique : un seul document, une seule cession possible.
Bon à savoir : l’acheteur ne peut pas refuser de délivrer le certificat de cessibilité à l’entreprise qui en fait la demande. Celle-ci peut être formulée dès la notification du marché ou en cours d’exécution.
Cession ou nantissement de créance : quelle différence ?
Le Code monétaire et financier permet deux opérations à partir du même bordereau Dailly. Elles ont des effets juridiques différents :
| Critère | Cession | Nantissement |
|---|---|---|
| Nature | Transfert de propriété de la créance | Garantie (sûreté) sans transfert |
| Qui est payé ? | La banque, directement par le comptable | Le titulaire, sauf mise en jeu de la garantie |
| Usage typique | Financer / avancer la créance | Garantir un crédit sans se dessaisir |
Dans les deux cas, on s’appuie sur le certificat de cessibilité et sur la notification au comptable public. Le choix dépend de l’objectif : obtenir une avance de trésorerie et laisser la banque encaisser (cession), ou simplement offrir une garantie à son banquier tout en restant le bénéficiaire du paiement (nantissement).
Cession Dailly ou affacturage ?
La cession Dailly et l’affacturage répondent au même besoin — être payé plus vite — mais fonctionnent différemment :
| Aspect | Cession Dailly | Affacturage |
|---|---|---|
| Interlocuteur | Votre banque | Une société d’affacturage (factor) |
| Périmètre | Créances choisies, ligne plafonnée | Souvent l’ensemble des factures |
| Recouvrement | Reste géré par l’entreprise | Pris en charge par le factor |
| Coût | Agios sur les sommes avancées | Commission de financement + commission d’affacturage |
Pour un marché public, les deux voies sont possibles : dans l’affacturage aussi, le factor obtient un certificat de cessibilité et se fait payer par le comptable. En pratique, la Dailly est souvent préférée pour des besoins ponctuels et un coût maîtrisé, tandis que l’affacturage séduit les entreprises qui veulent externaliser tout leur poste clients et se couvrir contre les impayés. La vidéo ci-dessous, éditée par la Fédération bancaire française, résume le principe de la mobilisation de créances professionnelles.
La cession Dailly étape par étape
De la demande du certificat au paiement de la banque, l’opération suit un enchaînement précis. C’est la notification au comptable qui verrouille tout :
- Demande du certificat : le titulaire demande à l’acheteur le certificat de cessibilité, en précisant le montant de créance concerné ;
- Délivrance : l’acheteur établit le certificat (identité, comptable assignataire, montant maximal, objet du marché) et le remet en exemplaire unique ;
- Bordereau Dailly : l’entreprise cède la créance à sa banque via le bordereau, en y joignant le certificat de cessibilité ;
- Notification au comptable : la banque notifie la cession au comptable public assignataire — étape indispensable pour lui être opposable ;
- Financement : la banque avance les fonds à l’entreprise (dans la limite de la ligne Dailly convenue) ;
- Paiement : à chaque échéance (acomptes, solde), le comptable règle directement la banque à hauteur du montant cédé.
La dématérialisation simplifie ce circuit : la facturation passe par Chorus Pro, et plusieurs banques proposent un service de e-Dailly qui gère les bordereaux et la notification de façon électronique. Un point de vigilance : la cession doit rester cohérente avec le délai de paiement du marché — c’est justement parce que ce délai court que l’avance de trésorerie a de la valeur.
Ce que l’on peut céder : le cas de la sous-traitance
Une règle essentielle : l’entreprise ne peut céder ou nantir que la part de créance correspondant à ses propres prestations. La part réservée au paiement direct des sous-traitants ne lui appartient pas dans son principe de règlement : elle ne peut donc pas être mobilisée par le titulaire.
Concrètement, le montant porté sur le certificat de cessibilité est calculé déduction faite des sommes destinées aux sous-traitants payés directement. Si une sous-traitance est déclarée après l’émission du certificat, celui-ci doit être modifié (ou restitué puis réémis) pour refléter la nouvelle répartition. Négliger ce point expose à un blocage : le comptable ne pourra pas payer la banque au-delà de la part réellement cessible, et le sous-traitant conservera son droit au paiement direct.
Cotraitance : en groupement d’entreprises, chaque cotraitant ne peut céder que la part de créance qui le concerne. La répartition doit être claire dès l’acte d’engagement pour éviter tout conflit sur les montants cédés.
Pourquoi c’est stratégique pour la trésorerie de chantier
Le chantier crée un décalage de trésorerie structurel : l’entreprise engage des dépenses (main-d’œuvre, matériaux, location de matériel) dès le démarrage, alors que l’acompte correspondant n’est réglé qu’après validation de la situation, dans le délai global de paiement. Sur un marché de plusieurs mois, ce besoin en fonds de roulement peut représenter des sommes importantes — un vrai risque pour une PME ou un artisan.
La cession Dailly agit comme un levier de trésorerie complémentaire aux autres dispositifs du marché public :
- l’avance forfaitaire versée en début de marché (jusqu’à 30 % pour les PME avec l’État) ;
- les acomptes mensuels qui rythment l’encaissement ;
- les intérêts moratoires dus en cas de retard de paiement de l’acheteur ;
- la retenue de garantie, qu’une caution peut remplacer pour libérer de la trésorerie.
Bien articulée avec ces mécanismes, la cession Dailly permet de répondre à des marchés plus importants sans mettre en tension sa trésorerie — un point à anticiper dès le chiffrage, quand on calcule ses prix et frais généraux.
Les erreurs qui bloquent le paiement
- Oublier la notification au comptable : sans elle, la cession n’est pas opposable et le comptable continue de payer le titulaire ;
- Céder la part sous-traitée : le montant cédé doit exclure les sommes réservées au paiement direct des sous-traitants ;
- Double mobilisation : céder une créance déjà cédée — c’est justement ce que le caractère unique du certificat vise à empêcher ;
- Montant erroné sur le certificat : un plafond mal calculé bloque une partie du règlement ;
- Ne pas actualiser après avenant : une révision de prix ou un avenant modifie la créance : la banque doit en être informée ;
- Sous-estimer le coût : les agios réduisent la marge ; ils doivent être intégrés au plan de trésorerie du chantier.
Piloter la créance et la trésorerie grâce à l’IA
La chaîne « marché → situations → créance → cession » est répétitive et documentaire : c’est précisément le type de processus que l’automatisation fiabilise. En amont et en cours de marché, une IA peut :
- extraire du CCAP les modalités de paiement, l’acompte, l’avance et le délai applicable ;
- calculer la part cessible réelle en tenant compte des sous-traitants payés directement ;
- projeter un plan de trésorerie de chantier (dépenses vs encaissements) pour dimensionner la ligne Dailly ;
- préparer les pièces (certificat de cessibilité, bordereau) et suivre les échéances de paiement.
La dématérialisation via Chorus Pro et les services de e-Dailly exposent d’ailleurs des API, ce qui permet de connecter ses outils internes et d’automatiser le suivi des cessions. Pour les équipes qui veulent bâtir ces intégrations, des formations au développement assisté par l’IA aident à concevoir les connecteurs, tandis que des formations aux agents IA et à l’automatisation permettent de structurer toute la chaîne documentaire et financière du marché.
C’est la logique de Smart BTP : de l’analyse du DCE au chiffrage et aux documents d’exécution, en passant par la préparation des pièces administratives. Pour la vision d’ensemble, voir notre guide IA et appels d’offres BTP.
FAQ — Cession de créance Dailly en marché public
La cession de créance Dailly est un mécanisme prévu par la loi du 2 janvier 1981 (codifiée aux articles L.313-23 et suivants du Code monétaire et financier) qui permet à une entreprise de céder ses créances professionnelles à sa banque, via un simple bordereau, pour obtenir immédiatement de la trésorerie. Dans un marché public, l’entreprise titulaire détient une créance sur l’acheteur (l’État, une collectivité, un hôpital…) au titre des acomptes et du solde. Plutôt que d’attendre le paiement dans le délai global de paiement, elle cède cette créance à sa banque, qui lui avance les fonds. Pour sécuriser l’opération, l’acheteur remet un certificat de cessibilité, document unique qui évite qu’une même créance soit cédée deux fois.
En résumé : la cession de créance Dailly permet à une entreprise du BTP de transformer sa créance de marché public en trésorerie immédiate grâce à sa banque. Elle repose sur le certificat de cessibilité (ex-exemplaire unique), se distingue du nantissement (garantie sans transfert) et de l’affacturage (via un factor), et n’est opposable qu’après notification au comptable public. On ne peut céder que la part hors sous-traitance payée directement. Bien anticipée — idéalement avec l’appui de l’IA — elle sécurise la trésorerie de chantier et la capacité à répondre à des marchés plus ambitieux.